Du 23 janvier 2025
au 8 mars 2025

Centre d'artistes Caravansérail

la personne de moi-même

Par : Alegría Gobeil

la personne de moi-même

Par : Alegría Gobeil

Cette exposition agit comme témoin de protocoles autour des traces laissées par l’interrogatoire psychiatrique, élaborés par Alegría Gobeil (A) depuis plus de huit ans. S’attardant à comment l’on advient comme la personne de moi-même par et à travers le pouvoir psychiatrique, A s’intéresse aux démarches par lesquelles certain·e·s personnes psychiatrisées peuvent récupérer leurs propres dossiers médicaux – avec leur notes manuscrites puis retranscrites, leurs détails, leurs annotations, leurs verdicts.

Une opacité se déploie dans le document psychiatrique, qui inclut les notes d’observation du psychiatre. Une énumération froide sur le poids, le regard, le débit de parole, le niveau d’hygiène, la consommation se succèdent dans une calligraphie illisible. Les notes sont photocopiées, retranscrites en calligraphie numérique, puis transmises aux patient·e·s. Des éléments sont occultés, des acronymes demeurent indéchiffrables et les potentiels diagnostiques abondent. On devient la personne de nous-mêmes, formulée à la troisième personne, le regard du psychiatre s’intègre au nôtre: un boucle sans fin débute.

Alegría Gobeil s’appuie ici sur un personnage relaté dans Le pouvoir psychiatrique (1974) du philosophe Michel Foucault, qui ne parle d’elle-même qu’à la troisième personne. Détournant son attention de l’intellectuel pour la tourner vers  la patiente asilaire qu’il interpelle dans son livre, A trace une ligne diagonale à travers l’histoire – entre ce que l’on est, ce que l’on devient par la psychiatrisation et ce que l’on peut devenir en déjouant son emprise sur soi-même. A apprend, et est radicalisé·e, par son contact avec la personne moi-même.

Dans une pratique déviante et répétitive, A apprend à répliquer la calligraphie de psychiatres, depuis plusieurs années. A retrace, reproduit, recopie et étudie les lettres de l’alphabet constituant son écriture, une à une. Ces calligraphies parasitent la sienne: maintenant, dans son écriture, se retrouvent toujours leur forme, leurs traits. Dans un déploiement à grande échelle de ce geste de contamination minuscule, l’exposition tente de partager une tactique de psychiatrisé·e.

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